Le retour au travail après la période des Fêtes est souvent présenté comme un « nouveau départ »: nouvelles résolutions, nouvelle énergie, nouveaux projets.

Dans la réalité, pour beaucoup de parents et d’intervenants, c’est plutôt… un réveil difficile.

On est fatigué, la tête encore un peu ailleurs, le rythme peine à repartir, les enfants ont du mal à se lever, on oublie des choses, on est moins concentré, moins patient. Et devant ça, la petite voix intérieure se met parfois à juger :

« Voyons, ça n’a pas de sens, les vacances viennent de finir… je devrais être en forme. »

Et si, au contraire, ce que vous vivez était tout à fait normal ?

Les Fêtes: pas toujours reposantes

Sur papier, la période des Fêtes, c’est du temps off. Dans la vraie vie, surtout pour les parents et les intervenants, c’est souvent :

  • Des horaires chamboulés (coucher tard, siestes irrégulières, repas à des heures différentes)
  • Beaucoup de stimulation (famille, amis, déplacements, bruits, cadeaux, écrans…)
  • Des émotions fortes (joies, attentes, parfois tensions ou déceptions)
  • Pour les parents : une charge mentale qui explose (organisation, cadeaux, repas, gestion des enfants déboussolés)
  • Pour les intervenants : un contraste brutal entre l’intensité de leur travail et le « tout d’un coup, plus rien », qui peut aussi déstabiliser

Résultat : on ne sort pas de cette période avec une batterie neuve à 100 %, mais plutôt avec une fatigue différente, parfois plus émotionnelle que physique.

Revenir au travail après tout ça, c’est un peu comme changer de vitesse brusquement : le moteur suit… mais pas instantanément.

Un retour lent, ce n’est pas de la paresse

Avoir du mal à se remettre dans le bain ne veut pas dire que vous êtes moins dévoué, moins professionnel ou moins bon parent.

C’est simplement le signe que :

  • Votre corps et votre tête ont besoin de temps pour retrouver leurs repères
  • Vous passez d’un mode « famille/Fêtes » à un mode « travail/routine », et cette transition demande une adaptation
  • Vous portez beaucoup (au travail ET à la maison), et ce « beaucoup » ne s’efface pas avec quelques jours de congé

On oublie souvent que l’humain n’a pas un bouton ON/OFF. Le système nerveux, lui, connaît plutôt les transitions graduelles. Il est normal que le niveau de concentration, de tolérance au stress, d’énergie émotionnelle ne soit pas au maximum dès la première semaine de janvier.

Les enfants aussi ont besoin de temps

Si vous travaillez avec des enfants, ou si vous êtes parent, vous le voyez vite : eux aussi ralentissent.

Après plusieurs jours sans horaire fixe, sans devoirs, avec plus de liberté et de stimulation, le retour à la routine peut être difficile :

  • Le lever est plus dur
  • Les séparations (garderie, école) sont plus émotives
  • La gestion des émotions est plus fragile (pleurs, crises, irritabilité)
  • Les consignes qui « passaient bien » avant semblent tout à coup plus compliquées à intégrer

Tout cela est normal. Leur cerveau, comme le vôtre, a besoin de retrouver son rythme. Les jeunes ont souvent du mal à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, alors ça sort autrement: opposition, agitation, fatigue, repli.

Se rappeler que l’adaptation est difficile pour tout le monde permet aussi de se parler plus doucement… à soi-même.

Pour les intervenants: accueillir, plutôt que exiger

En tant qu’éducateur spécialisé, enseignant, psychoéducateur, travailleur social ou tout autre intervenant, on peut être tenté de vouloir « repartir fort » : rattraper les dossiers, lancer de nouveaux projets, remettre la machine à pleine vitesse.

Pourtant, débuter l’année en douceur, ce n’est pas perdre du temps, c’est en gagner pour la suite.

Quelques pistes :

  • Normaliser auprès des jeunes et des parents : dire à voix haute que c’est correct d’avoir de la difficulté à reprendre, que ça arrive à tout le monde.
  • Réduire légèrement les attentes dans les premiers jours : moins de nouveautés, plus de révision, plus de prévisibilité.
  • Prendre un temps pour reconnecter : avant de repartir sur le « faire », revenir au lien : comment ça va ? qu’est-ce qui a été facile/difficile pendant les Fêtes?
  • S’offrir un peu d’indulgence professionnelle : accepter qu’on ne sera peut-être pas à notre sommet d’efficacité la première semaine, et que ce n’est pas un indicateur de notre valeur.

Pour les parents: la douceur avant la performance

Les parents aussi peuvent ressentir une pression : reprendre le travail, recadrer les routines, relancer les devoirs, se lever plus tôt, refaire des lunchs, être patients… et tout ça « comme si de rien n’était ».

Quelques repères importants :

  • Ralentir le discours intérieur : remplacer « il faudrait que je sois… » par « c’est normal que ce soit plus difficile en ce moment ».
  • Réinstaller les routines petit à petit : heure du coucher, écrans, repas… un changement à la fois, plutôt que tout d’un coup.
  • Nommer ce qui se passe aux enfants : « C’est normal que ce soit plus difficile de se lever tôt, on s’est couchés plus tard pendant les vacances. On va se réhabituer tranquillement. »
  • Se donner le droit d’être fatigué : un parent qui reconnaît ses limites et qui prend soin de lui envoie un message précieux à ses enfants.

Et si on changeait de regard sur ce « retour lent »?

Au lieu de voir ce temps de reprise comme une faiblesse, on peut le considérer comme une étape naturelle d’adaptation, autant pour les adultes que pour les enfants.

Se donner quelques jours pour :

  • Faire le tri dans ses priorités
  • Se recentrer sur l’essentiel
  • Réintroduire les routines sans brusquer
  • Ajuster en fonction de ce qu’on ressent (et pas seulement de ce qu’on « devrait » faire)

Ce n’est pas manquer de sérieux. C’est respecter le fonctionnement réel de l’humain.

En conclusion

Que vous soyez parent, intervenant, ou les deux à la fois, si vous trouvez le retour au travail et à la routine plus lent que prévu après les Fêtes, vous n’êtes ni seul, ni en défaut.

Vous êtes en adaptation.

Prendre ce temps, ce n’est pas reculer.
C’est vous donner, ainsi qu’aux enfants qui vous entourent, la possibilité de repartir sur des bases plus solides, plus respectueuses de vos limites, de vos besoins et de votre réalité.

Et parfois, la meilleure résolution de début d’année, ce n’est pas de faire plus.
C’est de s’autoriser à faire… un peu moins vite.

 

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